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KRADIFY | 12 KM DE LONG SUR 9 KM DE LARGE LE DERNIER ENDROIT...
12 KM DE LONG SUR 9 KM DE LARGE LE DERNIER ENDROIT LIBRE SUR TERRE…
 
N’y allez pas, vous n’êtes pas les bienvenus.
Par Anton Vos (Le Temps)
 
Hostiles et agressifs, les habitants de l’île Sentinelle du Nord, dans le Golfe du Bengale, refusent tout contact avec l’extérieur depuis des siècles. Les anthropologues ignorent tout de leur langage ou de leurs coutumes.

Les derniers étrangers à être entrés en contact avec les indigènes de l’île Sentinelle du Nord sont morts et enfouis sous le sable blanc de la plage. Cela s’est produit en janvier 2006. Probablement ivres, deux pêcheurs avaient alors jeté l’ancre près de cette île appartenant à l’archipel d’Andaman (Inde). Le bateau s’est détaché et a commencé à dériver vers la rive tandis que les occupants dormaient. A peine échoués, les deux hommes ont été tués par les habitants de l’île. Les autorités indiennes ont bien tenté de récupérer les corps mais la présence hostile de guerriers armés d’arcs et de flèches a empêché l’hélicoptère de se poser. Aucune autre tentative n’a eu lieu.

Mis à part ce genre d’escarmouches, la tribu de l’île Sentinelle du Nord n’entretient aucun contact avec l’extérieur. L’organisation Survival International estime qu’il existe ainsi dans le monde une centaine de groupes humains totalement isolés, la plupart d’entre eux vivant dans la forêt amazonienne ou en Nouvelle-Guinée. Leur survie est fragile, leur territoire étant progressivement grignoté par les activités et les maladies humaines.

Cependant, contrairement à de nombreuses autres tribus, celle de l’île Sentinelle du Nord a tous les atouts pour se défendre contre une contamination par la civilisation moderne. Jouissant d’une réputation exécrable (et calomnieuse) de cannibalisme, ils font en effet montre d’une hostilité sans faille, d’une irritabilité extrême et réservent une sentence sans merci à tout visiteur assimilé d’office à un envahisseur. De plus, la situation géographique de leur île ne présente aucun intérêt stratégique. Située à seulement une heure de bateau de Port Blair, la capitale d’Andaman, elle n’a en effet jamais été colonisée.

Résultat: les anthropologues ignorent tout du langage et des coutumes des indigènes dont on sait juste qu’ils sont Noirs et assez petits. La tribu, qui compterait entre 50 et 200 membres, aurait vécu isolée sur son bout de terre de 10 km de diamètre depuis 60 000 ans. Toute autre demande d’information a reçu comme seule réponse des volées de flèches bien ajustées.

Les visites plus ou moins amicales n’ont pourtant pas manqué. Les Arabes du IXe siècle qualifient déjà les habitants d’Andaman d’anthropophages. Marco Polo, en phase avec cette vision, affirme, vers 1296, que les Andamènes sont «très cruels et tuent et mangent tout étranger sur lequel ils peuvent mettre la main». Le premier contact avéré se déroule en 1867. Le navire marchand Nineveh s’échoue sur la barrière de corail de l’île Sentinelle du Nord. Une nuit, la centaine de rescapés dormant sur la plage se fait attaquer par des indigènes nus et hurlants. Sous une pluie de flèches, les naufragés se défendent, avant d’être sauvés par la Royal Navy (Andaman, intégrée dans l’Empire britannique, fait alors office de bagne).

C’est Maurice Vidal Portman, jeune administrateur britannique d’Andaman, qui est le premier à explorer l’île. En 1879, il s’y rend à la tête d’une petite troupe. Il découvre un labyrinthe de sentiers, quelques hameaux de huttes fraîchement abandonnées mais pas âme qui vive. Portman et ses hommes débusquent tout de même un couple âgé et quatre enfants. Les six personnes sont enlevées et embarquées direction Port Blair. Malheureusement, la santé des captifs décline rapidement et le couple meurt. Envahi par le remords, l’administrateur renvoie alors les enfants sur leur île avec une multitude de présents.

Vingt ans plus tard, un bagnard s’échappe sur un radeau de la grande île d’Andaman et parvient à rejoindre la terre sauvage. Une patrouille lancée à sa poursuite le retrouve quelques jours après sur la plage, son corps percé par des flèches et la gorge tranchée. Les soldats en déduisent que les Sentinelles ne sont pas cannibales. On décide néanmoins de les laisser en paix.

Jusqu’en 1974, lorsqu’une équipe de tournage débarque sur l’île afin de réaliser un documentaire. Les visiteurs tentent de gagner l’amitié des autochtones par des gestes d’apaisement et des cadeaux. La stratégie est accueillie par une nuée de flèches dont une se fiche dans la cuisse du directeur de tournage. Constatant qu’il a fait mouche, l’auteur du tir éclate de rire et s’en va s’asseoir au pied d’un arbre. La renommée de l’île ne fait que croître.

Au cours des années qui suivent, un anthropologue s’intéresse enfin de près aux Sentinelles. Muni d’une autorisation officielle, le scientifique indien Triloki Nath Pandit s’approche de l’île à plusieurs reprises. Il met parfois pied à terre sans parvenir à entrer en contact avec les autochtones. Lui aussi recourt à des présents pour les amadouer. L’accueil, observé de loin, semble parfois favorable, parfois franchement hostile. Très fréquemment, les Sentinelles s’emparent des cadeaux avant de tirer des flèches en guise de remerciement.

En 1991, toutefois, les choses semblent s’améliorer. Visiteurs et indigènes, venus pour la première fois sans armes, s’approchent à quelques dizaines de mètres. Quelques Sentinelles montent même sur le canot pour chiper des sacs de noix de coco. Pandit lui-même se trouve à un moment dans l’eau du lagon plus proche des Sentinelles que de ses compagnons. L’un des indigènes sort alors un couteau et mime le geste de lui couper le cœur. «Peut-être craignait-il que je reste chez lui», confiera-t-il plus tard. C’est le contact «amical» le plus concret réussi avec les Sentinelles. Mais aussi le dernier. Lorsque Pandit prend sa retraite en 1992, personne ne le remplace.

Depuis, mis à part quelques escarmouches avec des pêcheurs imprudents, les Sentinelles n’entendent plus parler de la civilisation extérieure. La menace vient maintenant des pêcheurs birmans venus illégalement exploiter les eaux de cette zone et que les garde-côtes indiens arrêtent de plus en plus souvent. Depuis 1996, le gouvernement indien en interdit strictement l’accès, même aux scientifiques. Un hélicoptère a tout de même survolé l’île quelques jours après le tsunami de 2004 pour vérifier si la tribu n’avait pas péri dans la catastrophe. Un homme armé d’un arc a subitement surgi de la forêt et a menacé de tirer sur l’intrus venu des airs. Le message était clair: «Nous allons bien et n’avons besoin d’aide de personne.»

http://www.survivalfrance.org/peuples/jarawa

Posted on août 23, 2013

34 notes

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